Lettres à Camondo
Edmund de Waal

Éditions du musée des Arts Décoratifs / 2021 / 135 × 210 mm / 146 pages + 32 inserts / reliure PUR.

Pendant le confinement de mars 2020, Edmund de Waal, écrivain et céramiste, écrit près de soixante lettres imaginaires au comte Moïse de Camondo. Ce dernier vivait rue de Monceau à quelques pas de la famille Ephrussi dont Edmund de Waal est un descendant. À travers ces lettres très intimes, l’artiste questionne la mémoire, le temps, les traces d’une famille au destin tragique.

L’idée ici était de jouer avec nos sens et plus particulièrement celui du toucher avec l’utilisation de matériaux aux surfaces et opacités différentes. Ainsi, l’ouvrage est composé de différents papiers : un papier bouffant d’une teinte crème pour les lettres ; un papier ivoire très fin, légèrement transparent, à la surface plus lisse, pour les images. Des papiers colorés teintés dans la masse avec des matières imparfaites pour la jaquette et les plats de couverture : l’un évoquant le sable, la pierre, l’autre d’une couleur ocre nous rappelant la terre, l’argile. Ce jeu sur les matériaux fait directement écho au travail de l’artiste céramiste.

Par ailleurs, l’ouvrage est conçu comme un objet vivant qui accompagne la réflexion de l’auteur sur la mémoire notamment à travers le traitement des images. Ces dernières ne sont pas uniquement des illustrations des textes ; elles prennent ici un statut singulier, à elles seules. Elles sont insérées comme des papiers oubliés dans un livre. Cela nous évoque des marque-pages que l’on retrouve longtemps après, glissés entre deux pages, comme des témoins d’une époque et d’un moment passé avec le livre. Le caractère Coline dessiné en 2011 par la typographe Émilie Rigaud participe également à l'énergie du livre. Sa version appelée « extrême » a un dessin très vivant que j’aime particulièrement. On ressent une très grande présence humaine dans cette forme. D'autre part, cela était important pour moi de choisir un caractère contemporain pour ces textes d’aujourd’hui.